« Maya »

Volume 2: « L'origine des especes »

Chapitre 11


Ce chapitre a été censuré à cause de son contenu, soi-disant, inacceptable. Le Fonds « Runet amical » a écrit une plainte au fournisseur, et ce dernier m’a fait apporter des changements sous la menace de bloquer le site. Donc, voilà, les changements sont apportés. L’âge des personnages n’avait pas plu aux gardiens de la moralité. J’espère que maintenant tout leur plaira.

 

En glapissant et sursautant, Lou a couru dehors. Elle s’est rappelé comment il y avait exactement deux ans, lors d’une journée de soleil similaire, elle avait eu cent trois ans accomplis, et elle avait adressé une requête pour suivre les cours de « chiots ». Deux semaines plus tard on l’avait invitée à venir à l’entretien – c’était intéressant de jouer dans une grande compagnie mélangée, et encore une semaine plus tard elle avait commencé les cours. Combien de choses s’étaient passées depuis ces deux ans ! Une vie entière !

Il serait impossible de dire que Pourna était ravie par cette idée – aller à l’école de chiots, pourtant Max avait soutenu Lou sans condition, ni réserve. Il était venu là, dans la vallée de Chukhung, il y avait déjà sept ans, dans le cadre du programme de la réanimation de l’Himalaya. Sept ans de travail épanoui sur la démolition de ce que « la civilisation » en avait fait de belles. A chaque fois qu’il enlevait un morceau de nanosilicate pour poser soigneusement à sa place du sol fertile avec du duvet, il éprouvait un éclat vif de dévouement et de joie. Un petit morceau, encore un… mètre par mètre, ensuite le sous-bois pousserait ici – la vie prendrait le dessus. Incroyable, mais il n’en avait jamais assez, et comment les perceptions illuminées pourraient-elles ennuyer ? Ce dernier temps le sentiment de triomphe se mêlait à la joie et le dévouement, et par conséquent, l’anticipation des changements futurs s’est renforcée aussi. Max a découvert tout ça complètement par hasard – un jour en se promenant dans une forêt d’à côté, il a remarqué un morceau de verre, il s’est penché pour le ramasser et emporter à la déchetterie, et à ce moment-là, il a ressenti un ruisseau frais de dévouement et de joie faire apparition. Les deux semaines suivantes, tous les matins et soirs, il allait dans la forêt pour ramasser les ordures qu’il trouvait. Un jour, il s’est égaré dans la forêt épaisse, il y est tombé sur une clairière entière, toute couverte de bouchons en fer-blanc, de sacs plastiques, de morceaux de verre, de clous et d’autres ordures, qui recouvraient toute la planète auparavant en une couche unie. Malgré les efforts constants que les gens faisaient pour nettoyer, il restait beaucoup d’ordures d’avant, même à proximité des habitations. Cette clairière est devenue son endroit préféré – il devait sauver la terre littéralement centimètre par centimètre, en la nettoyant du merdier incroyable, et chaque morceau de l’ordure ramassé devenait facteur illuminé très vif – surtout quand la terre vivante apparaissait d’en dessous d’un morceau de vieilleries ramassé. La tendresse d’une telle intensité inattendue se faisait ressentir envers ces lopins minuscules de terre vivante. Et là Max avait décidé de rejoindre un de nombreux programmes de la réanimation de la Terre et était parti en Himalaya. Quand son équipe s’est déplacée à Chukhung, les filles locales népalaises et tibétaines venaient souvent les voir – tantôt elles apportaient des crêpes de mais, tantôt elles les aidaient, en glapissant joyeusement dans l’eau, à enlever la poussière de leurs corps sous les jets d’eau chauffée par le soleil, ou bien elles restaient tout simplement à côté. Sex avec elles était extraordinaire. Max était très excité par cette innocence et passion explosive avec lesquelles les filles prenaient les garçons. Des dizaines de corps fermes, des mouvements en désaccord complet – comme l’océan. Certains jouissaient plusieurs fois, d’autres se retenaient longtemps à la limite de l’orgasme. Il y avait ceux qui choisissaient ne pas jouir du tout. Lorsque Pourna est parvenue à Max pour la première fois pour s’assoir sur sa queue, en gigotant et grognant, il a voulu apprendre pour la première fois dans sa vie à ne pas jouir – tellement fantastiques étaient les sensations, si vive était la tendresse. Ayant placé les mains sur sa taille, il sentait les mouvements de son derrière avec les bouts des doigts. En l’attirant vers lui, il touchait ses mamelons fermes avec ses lèvres, il soulevait son bras pour embrasser ses aisselles – le creux même et autour, il retenait le souffle en suivant ses mouvements. En pressant les mains contre les plantes de ses pieds, incroyablement gracieux, il les serrait avec force, puis il passait ses mains le long de ses cuisses, humides de sueur, chaudes, légèrement enflées. Parfois il ne la touchait même pas – il restait assis, adossé contre le mur, il lui regardait simplement dans les yeux, regardait ses petits seins, le ventre, les pieds, et il lui semblait que sa poitrine allait exploser de tendresse. Elle prenait sa tête avec ses deux mains, et en continuant à bouger le derrière, embrassait son visage, en effleurant à peine ses lèvres avec les siennes, tantôt en chuchotant quelque chose, tantôt étant sur le point de crier en sa langue mélodique. Lorsque après, elle baisait d’autres garçons, il la suivait pour regarder, parfois il touchait ses épaules, son dos, ses pieds, et la tendresse était aussi stable et vive comme la tendresse du nettoyage de la terre. Parfois, étant assise dessus, elle lui faisait signe d’approcher et soulevait le derrière, il mettait alors le doigt dans le trou pour sentir la queue bouger dans la chatte, puis il l’a penchée et mettait doucement d’abord la tête et puis la queue entière dans son cul. A travers la fine cloison entre la chatte et le cul les deux queues se faisaient ressentir très distinctement, comme en branlant doucement l’une contre l’autre. Et lorsque, au contraire, elle glissait en dessous du gars pour écarter son derrière avec ses mains et l’attirer vers lui - elle connaissait son attirance envers les garçons tibétains et népalais d’à peu près cent quatorze ans – ils s’excitaient beaucoup, en effet, et ils lui payaient souvent de retour, et là son sexe glissait dans le cul du garçon et ce dernier se mettait à baiser Pourna fort en se mettant ainsi avec son derrière sur la queue à Max. En serrant le gars, excité à fond, entre eux, ils s’embrassaient. Et quand sa bouille était toute en sperme et ses yeux brillaient avec une telle passion et innocence, il pensait que c’était la chose la plus belle qu’il ait jamais vue.

L’idée de faire un enfant était venue à Kurt pour la première fois – ils avaient fait connaissance sur la route, puisqu’ils venaient tous les deux de la Bavière et s’étaient retrouvés ensemble dans le même écranoplane. Kurt s’est tellement inspiré par cette idée, il décrivait tellement bien – quel beau « museau » Pourna et Max devraient faire, que finalement ils se sont passionnés par ses rêves. Ayant décidé de ne pas attendre jusqu’à ce que Max et Pourna se laissent persuader, Kurt, à son tour, a cédé aux caresses de Séréna, sans trop de résistance, et bientôt son ventre s’est arrondi, il fallait la baiser très doucement maintenant. La décision finale a été prise soudainement – ce matin-là Pourna voulait baiser la plus grande quantité possible de garçons, elle prenait une minute ou deux pour en baiser un et passer en rampant à un autre, tantôt en s’asseyant dessus, tantôt en s’allongeant et écartant les jambes. Quand elle s’est assise avec son cul sur une queue, leurs regards à elle et à Max se sont rencontrés. En mettant doucement la queue dans sa chatte et sentant bien la queue de l’autre gars glisser dans son cul, il a demandé presque sans paroles - « on y va ? ». Elle a compris et a hoché la tête. C’était cette fois-là qu’elle est tombée enceinte de lui.

Le temps que Lou grandissait dans son ventre, la passion de Pourna ne faisait que grandir - presque tous les jours elle venait voir les garçons, écartait les jambes et se laissait baiser doucement – pas trop profondément, pour ne pas nuire à Lou, souvent seulement avec la tête, ce qui était encore plus excitant des fois. Lors de l’accouchement elle n’a pas pu se retenir de l’orgasme. Une vague de plaisir succédait à une autre, de plus en plus puissamment, et lorsque Lou est finalement sortie, Pourna a même perdu connaissance à cause de l’orgasme d’ouragan. Il n’était pas étonnant que vers la fin de son cent-unième anniversaire Lou draguait activement les garçons de tout âge. D’ailleurs, sa copine Maya lui servait d’exemple – la fille de Kurt de cent deux ans - dont le jouet préféré était une queue en érection. Même pour s’endormir, elle aimait s’endormir avec la grosse queue à Kurt dans la bouche, ainsi Séréna ne se décidait pas de toucher sa fille suçant paisiblement et partait voir d’autres garçons. En serrant avec ses deux mains la queue à Kurt à sa base, la petite bouche remplie par la grosse tête, Mayka était incroyablement érotique, et les hologrammes avec son petit museau en train de sucer décoraient plus qu’un desktop.

La base des historiens concrets s’est localisée à côté, Max passait souvent chez eux. Bien sûr, il ne pouvait pas participer dans leurs expériences, mais il prenait plaisir à se vautrer sur le sol en planches de bois ou sur l’herbe et écouter leurs conversations. Il aimait même tout simplement les regarder, écouter leurs voix – il semblait qu’il s’inspirait de leur détermination, l’intransigeance ardente à l’égard des mécontentements, l’aspiration et l’appel. Quand Lou a grandi, il a commencé à l’amener avec lui. Bien que Pourna ait sympathisé avec les divers, elle n’y allait pas souvent – les études prenaient beaucoup de temps, avant et après les cours elle préférait d’aller dans le temple bouddhiste, construit pas loin de là, pour discuter avec les moines et les nonnes, lire les textes anciens, participer dans les pujas. Parmi les perceptions illuminées elle réussissait le mieux avec le détachement et l’attitude sérieuse, qui se reliaient très harmonieusement à son caractère passionnel.

C’est pourquoi, quand Lou a affirmé avec détermination qu’elle souhaitait devenir « chiot », Pourna a compris que c’était le premier et apparemment pas le dernier pas de Lou sur le chemin vers les divers, et peut-être même vers les commandos, et quoi que Pourna elle-même n’ait pas trouvé cette voie très passionnante, mais en éprouvant une vive sympathie à l’égard de Lou, elle aimait assister à ses aspirations, d’autant plus que Max était ravi. Pourna s’est efforcée d’apprendre le plus possible sur cette école primaire dans le système de commandos, pour parler la même langue avec Lou et comprendre ses passions, et peut-être l’aider avec quelque chose.

Lou restait souvent sur les clairières à scruter l’écorce rugueuse des arbres, les museaux des nuages, ou la fourmi rampant sur ses pattes. Le soir, une grosse araignée, au ventre jaune et noir, venait dans le même endroit pour se mettre à construire sa toile. D’abord elle grimpait sur la branche, puis elle sautait de là sur le buisson, en trainant son premier fil derrière elle. Ensuite, le deuxième fil magistral apparaissait de la même manière, puis l’araignée procédait à construire le rayon extérieur et, en travaillant méthodiquement et vite, elle rajoutait des cercles un par un. Lou n’avait jamais assez de patience pour regarder tout le processus jusqu’au bout, quelque chose ne manquait pas d’intervenir, et lorsque une demi-heure plus tard elle courait voir le buisson, la toile était déjà prête. Elle observait, le souffle retenu, l’araignée en user à sa manière avec la proie tombée dans les filets. En courant autour d’un papillon, elle coupait les fils autour de lui, en l’enveloppant en même temps pour le transformer en un cocon nutritif. Vers le matin, la toile disparaissait, et Lou imaginait l’araignée la ranger dans un petit sac à dos et aller se coucher. Les papillons étaient beaux, cependant Lou ne détestait pas l’araignée. A l’école des chiots, un jour, on leur avait donné un cours très simple, mais effectif - « les hérissons » étaient venus les voir pour les emmener se baigner dans une anse chaude, réchauffée par des batteries atomiques. Lou adorait les jours où « les hérissons » - des garçons et des filles de cent sept à cent douze ans – venaient les voir, les anciens élèves de l’école de chiots. En les voyant, Lou se mettait à s’imaginer comme eux – forte, intelligente, avec de la profondeur dans les yeux. En s’ébrouant dans l’eau, elle n’avait pas remarqué un hérisson s’approcher, il l’avait coincée au fond. D’abord, elle avait pris plaisir à s’y vautrer et scruter les petits cailloux qui couvrait le fond. Deux minutes plus tard, l’air avait commencé à manquer, et Lou s’était rendue compte qu’on ne la laissait pas. Prise par une légère panique, elle se tortillait comme un poisson, ensuite elle s’était ressaisie, en se disant qu’elle était sous le contrôle d’un hérisson, et pas n’importe qui, et si elle se faisait noyer là, il y avait un but quelconque.

En se concentrant sur la confiance et la tendresse, elle s’était détendue et surveillait juste son état, pour ne pas faire une respiration spasmodique – au cas où elle perdrait connaissance, ses poumons ne se rempliraient pas d’eau – ça et beaucoup d’autres choses leur ont été apprises depuis longtemps. Les premières expériences de la plongée avec un scaphandre autonome et le savoir-faire de la conduite sous l’eau, qui allait avec, ont été assimilés par les chiots à cent trois ans et demi. La connaissance avait commencé à partir, lorsqu’elle et d’autres chiots avaient été ramenés sur la surface. Quand tout le monde était revenu à soi, un garçon hérisson inconnu avait dit, en gigotant les pieds dans l’eau : voilà l’eau. Câline, rapide, dense, mystérieuse dans les rêves conscients, caressant joyeusement vos petits bidons sous le soleil, tellement différente. Mais si on restait cinq minutes sous l’eau, on se noierait et mourrait. Cela voulait-il dire que l’eau était agressive, hostile ? Non. Il fallait vivre encore une fois cette expérience pour ne pas tomber sous l’emprise des concepts primitifs. Ils devaient arrêter les pensées chaotiques pour revivre ça encore une fois – la clarté apparaitrait, et en quelles pensées elle se transformerait ensuite n’avait pas d’importance principale, ils pourraient les comparer et en discuter après.

Et là, en observant l’araignée, suçant les sucs du papillon, Lou s’est rappelé cette histoire avec l’eau. La peur est partie. A sa place l’attitude sérieuse et la sensation du triomphe ont apparu, des fils perçants se sont tirés du cœur vers le dehors, les buissons, l’arbre, l’araignée, le papillon, les crêtes lointaines des grandes montagnes.

Les arbres autour se comportaient tels des renardeaux enjoués - jouaient avec leur pattes au vent, glapissaient, se frottaient les uns contre les autres, et même se secouaient, comme un chien mouillé, en laissant tomber les feuilles jaunies. Ces êtres étranges parlaient une langue incompréhensible, ils se chuchotaient et se sifflaient les uns aux autres. Juste leur langue restait bizarre, même quand Lou se cachait derrière le caillou pour écouter attentivement – et si les arbres se mettaient à parler de manière compréhensible. Parfois elle s’imaginait en un grand arbre et parlait aux autres museaux verts.

A cette heure matinale, quand Lou est sortie dans la cour, il n’y avait pas d’enfants – elle n’en voulait pas d’ailleurs, souhaitant rester toute seule. Sortie sur le chemin du village, elle a jeté un coup d’œil sur les côtés, a respiré profondément. La nuit précédente elle avait fait un rêve, dans lequel s’était sentie très triste. Le rêve s’est déjà mis à se couvrir d’un léger brouillard, tel du verre mat, et il n’apportait plus autant de douleur. Lou savait que dans cinq- dix minutes il n’en resterait qu’un léger résidu amer quelque part très profondément, au fond même, elle savait aussi que ce résidu était désagréable - lorsqu’il était là, tout avait l’air différent, devenait terne, et parfois même pire… Par exemple, ce jour-là, ce lundi horrible, il y avait une semaine … Dans un état pareil Lou se trainait sur le sentier vers le ravin. A côté de l’arbre tombé, deux chiens voisins s’ébattaient, comme d’habitude – le petit Chappy poilu et Rex, le chiot de chaouchaou. Dans l’avenir il serait grand et fort, et là il était tellement marrant quand il vacillait sur ses grosses pattes, mordillait légèrement les mains, les pieds, les pattes, les oreilles, en jouant avec elle ou d’autres chiots. En apercevant Lou, Rex s’est roulé vers elle en une boule joyeuse, s’est mis à sursauter, japper, grogner de manière rigolote, en l’invitant à s’ébrouer avec eux, mais cette fois elle était de mauvaise humeur et n’avait pas envie de se joindre au jeu. Elle l’a repoussé de côté, mais Rex ne lâchait pas, il courait derrière en essayant de lui mordiller les jambes, et tout à coup elle a eu envie de le frapper ! Horrible… et c’était de la faute de ce résidu rongeant. Quel bonheur qu’elle s’était retenue à ce moment-là et ne lui avait pas donné un coup de pied… mais non, elle n’aurait pas pu le faire… il a paru qu’il n’avait rien remarqué, sinon elle aurait pu perdre un ami en un instant, car les chiots sont extrêmement sensibles. Il suffisait de manifester de la rudesse une fois, et plus jamais leurs relations n’auraient cette qualité d’ouverture et tendresse, qu’elle aimait tant.

Le mieux ce serait de rester seule, sous les arbres, à écouter les feuilles se parler, et laisser le petit vent chaud pénétrer en soi pour dissiper les restes des sensations désagréables. Non, non ça n’allait pas ! Lou s’est levée et a tapé d’un pied. Elle n’était pas une simple petite fille – elle était déjà dans la classe supérieur « des chiots » ! Cela faisait déjà une semaine qu’ils apprenaient en détails les bases de l’élimination impeccable des émotions négatives, mais que valaient toutes ces études si justement à ce moment-là elle n’appliquerait pas ses connaissances ? Sa détermination était si forte, le désir de cesser d’éprouver ce poison – tellement sincère, que presque tout de suite il ne restait plus de traces du fond négatif. Incroyable ! Quelque part son scarabée favori, de couleur bleu métal, voltigeait, tout affairé, d’une fleur à une autre, il était grand, de taille presque comme la moitié de la paume de main - elle ne savait pourquoi, en voyant ce scarabée, à chaque fois, elle ressentait de la tendresse vive et perçante – pas à son égard, ou plutôt pas seulement à son égard, mais en général, bon… une tendresse étrange, la remplissant toute entière, parfois même les larmes lui venaient aux yeux…

En poussant encore un soupir, mais déjà plus soulagée, et en anticipant la joie de revoir sa clairière favorite, Lou s’est dirigée sur le sentier menant à la lisière de la forêt. Là, tout était comme d’habitude – une petite clairière, couverte d’herbe drue, entourée par des troncs d’arbres rugueux. Dans le coin éloigné, une grappe de buissons gracieux poussait, et quand on se mettait au milieu même pour se vautrer dans l’herbe, on disparaissait complètement du monde entier - on voyait tout autour sans être vu par quiconque, même s’il s’approchait de très près. De toute façon personne ne passait par là. De petits enfants n’y parvenaient pas, et ceux plus grands se promenaient plutôt de l’autre côté du lac – il y avait plus d’espace, mais Lou était attirée par la forêt. Elle s’étendait en une bande large et humide, d’abord en plaine et puis en montant de plus en plus abruptement, jusqu’à être supplantée par de la broussaille infranchissable, au-dessus de laquelle les falaises s’élevaient. Là tout était particulier, si vivant et calme, et lorsqu’on restait allongé à s’adonner à ses sentiments, on commençait à capter doucement de nouveaux sons et odeurs fins, apportés de la forêt par le petit vent léger – de toutes sortes de bourdonnements, de bruissements, crépitements, des voix des oiseaux, et beaucoup d’autres sons, pour quoi Lou manquait de mots, et parfois il apparaissait une sensation bizarre, serrant le cœur, et si à ce moment-là elle s’ouvrait toute entière à ces sons et odeurs, ils avançaient doucement quelque part dans la profondeur même, vers le cœur, ou même le ventre, et là il venait un sentiment formidable comme si elle devenait elle-même partie de la forêt, comme si elle la connaissait de l’intérieur. Et voilà il n’y avait pas longtemps en arrière, pendant un de ces moments, Lou avait découvert tout à coup qu’elle savait que si elle allait dans un certain endroit, elle verrait un pin tordu et sous lui il poussait un champignon à la tête rouge. Ce sentiment était si étrange que Lou y est allée pour vérifier. Elle a dû se pencher pour passer à travers le rideau dense des pattes de pin, presque ramper en dessous, et lorsqu’elle est ressortie de la mer verte, aromatique, touffue, elle a tout de suite vu devant elle, à vingt mètres, le pin en question. Elle a même eu un peu peur, mais ensuite Lou a pensé que, probablement, elle avait déjà vu ce pin auparavant, en errant par là, dans la broussaille, et s’en est souvenu à ce moment-là. La peur est partie sans retourner, même quand Lou est restée plantée, surprise, à scruter la grande tête rouge du beau champignon, sortant fièrement des racines.

Lou s’est faufilée dans son endroit préféré, s’est prélassée dans l’herbe, en étendant les bras sur les côtés et s’étirant les jambes. Elle a enlevé ses baskets de ses pattes, puis ses petites chaussettes blanches pour les approcher de son nez. Ça sentait ses petits pieds… et déjà un peu d’herbe et de la terre… en gros, une odeur même très agréable. Ayant enfoncé ses petites chaussettes dans ses baskets, elle a relevé son pied droit pour l’approcher vers elle, elle a scruté attentivement la plante du pied, l’a caressée avec sa main, encore et encore. Quelle sensation agréable… et c’était tellement curieux, comme si elle se dédoublait. D’abord Lou s’est concentrée sur ses sensations dans le pied – il était caressé par la paume d’une main chaude et douce, les doigts touchaient les doigts, en glissant légèrement de haut en bas, tantôt en serrant le petit talon, tantôt en effleurant à peine… et ensuite, sur les sensations dans la main – la peau tellement douce, un peu fraiche, très fine sous les orteils et plus ferme sur le talon, la courbe si gracieuse de la plante du pied, dans laquelle la paume de la main venait se nicher … puis elle est revenue aux sensations dans le pied, puis de nouveau – dans la main, curieux… tout à coup deux éclats du plaisir aigu se sont déroulés sur le bras jusqu’à l’épaule, et sur la jambe, les deux vagues se sont rejointes quelque part dans le ventre pour se dissiper en petites étincelles, en laissant derrière elles la sensation de chaleur légère et agréable dans tout le corps. Et ben… encore une découverte… je n’aurais jamais pensé.

Lou aimait explorer son corps. Avant, elle ne pensait même pas qu’elle avait un corps – cela semblait si naturel, rien à en penser ? Mais il y avait à peu près deux mois en arrière, en prenant un bain avec Pourna, Lou avait regardé son ventre, ses jambes, et soudainement elle avait eu une sensation aigue de beauté, de la jouissance de la beauté. Depuis ce moment elle s’est mise à se regarder soi-même souvent, se toucher, caresser, peloter, et en se couchant elle se touchait aux endroits divers, en se réveillant et s’étendant dans le lit aussi, et le corps avait commencé à réagir d’une nouvelle façon, pas comme avant, c’était tellement extraordinaire… elle ne touchait pourtant que « «elle-même », pour ressentir quelque chose de nouveau, inconnu, vivant. Elle écoutait et flottait dans ses sensations particulières… il est devenu beaucoup plus agréable de se peloter entre copines et copains désormais.

Lou a approché son pied vers son nez pour le sentir. Ça sentait aussi, quoique pas comme ses petites chaussettes. Et c’était délicieux aussi. C’était curieux si le talon sentait différemment de la plante, et si les orteils avaient leurs odeur particulière… intéressant – et quant au goût ? Elle a léché, ça chatouillait, et en rigolant elle s’est libérée elle-même de ses mains pour se vautrer dans l’herbe de nouveau.

Probablement, elle pouvait rester étendue dans l’herbe comme ça toute la journée, à regarder le ciel à travers le voile des brins d’herbe… les pensées… et oui, les pensées arrivaient toujours finalement… c’était tellement étrange et elles étaient si différentes… par exemple, celles qu’elles avaient week-end dernier. Toute la semaine, à chaque fois que Lou s’en souvenait, de gros frissons saisissaient tout le corps, en laissant le résidu douçâtre, comme si tout le corps était saisi par le goût âpre-douce de sorbes noires. Ca faisait un peu peur, et attirait tellement fort… sans savoir ce qui faisait peur, ni ce qui attirait – pas clair, pourtant ces paroles, Lou les a bien mémorisées, incroyable – la table de multiplication ne lui cédait qu’après une semaine de répétitions, et les paroles si incompréhensibles, comment ça se faisait qu’en les entendant seulement une fois, elle s’en souvenait comme si elle les connaissait depuis toujours ? Comment comprendre – ce qu’elles disaient, en plus ? D’où venaient-elles dans sa mémoire ? Peut-être les avait-elle entendues au monastère, où elle passait souvent chercher Pourna ? Elles possédaient un rythme sous-jacent, une mélodie insonore… Lou s’est adonnée de nouveau à ses souvenirs… à ce moment-là, ayant assez joué dans la cour antérieure, elle n’était pas allée avec tout le monde prendre le goûter, mais s’était allongée sur le seuil, chauffé par le soleil. A travers les branches penchées du sorbier, le ciel d’une beauté frappante se faisait entrevoir, ces branches brillaient fort dans les rayons de soleil, et les grappes de baies couleur rubis… oui, ça s’était passé à ce moment-là, lorsque le regard de Lou s’était heurté contre les baies rubis sur le fond du ciel bleu perçant, elle avait retenu le souffle, et elle s’était sentie si bien, si insupportablement bien, ce n’était pas réel… tout à coup ces paroles avaient retenti, elle pouvait les répéter mot par mot tout de suite : « il enleva toutes les ténèbres partout de façon qu’on écorche la peau, pour que notre terre s’étende sous Son Soleil éclairant. Les autres Flammes ne furent que les branches de ton feu, oh le Feu. Oh les Flammes, la divinité universelle, tu es le centre de tous les mondes et leurs habitants ; tu règnes sur tous les gens qui furent nés et tu les soutiens, tel un pilier. Tu es la tête des cieux et le centre de la Terre. Tu es la force qui bouge et travaille dans les deux mondes. Ta magnificence, oh le Feu, est dans les cieux et sur la terre, et dans les plantes, et dans les eaux, pour eux tu étendis le monde infini entre le ciel et la terre ; elle est l’océan vivant de lumière, qui voie avec une vue divine. Le Feu entra dans la terre et dans les cieux, comme s’ils furent unis. Oh la Flamme, tes trésors sont innombrables ! »

Lou s’est figée, percée par le plaisir original dans le cœur. D’abord il était doux, comme les coussinets sur les pattes à Chappy, et il mettait son nez humide et palisson partout. C’était nouveau et formidable. Soudainement, le plaisir a augmenté jusqu’à devenir insupportable, Lou a retenu son souffle, comme si tout son corps était paralysé par une force invisible, ses lèvres se sont entrouvertes, elle respirait avec peine sans pouvoir bouger. « Ce n’est pas possible », « ce n’est pas réel » - les pensées se sont envolées pour se calmer vite, le silence est survenu, rempli par la sensation de triomphe et d’extase. La chaleur a apparu dans toutes les quatre pattes, mais la pression sur la poitrine a augmenté encore plus que dans les pattes, il y avait des sensations comme si quelque chose essayait désespérément de sortir dehors du centre de la poitrine. Lorsque, quelques minutes plus tard, Lou s’est libérée des étreintes de l’extase, la pause n’a duré qu’une seconde ou deux, après quoi elle n’a pas pu se retenir et a prononcé toute la phrase encore une fois. Cette fois chaque mot retentissait avec un éclat intense de l’extase, la poitrine se déchirait encore plus fort, plus ardemment, les larmes se sont mises à couler, le dévouement, la tendresse, la gratitude. Lou a fait une tentative de se lever, elle voulait serrer ses pattes nues contre la terre , mais elle n’a pas réussi – au moment où elle s’est appuyée sur son genou et a senti le duvet d’herbe se froisser et la terre humide coller contre la peau, tout de suite le dévouement et l’extase sont devenus explosifs, à cet instant-là elle n’avait plus besoin de rien. Ces sensations contenaient tout. Il n’était possible pas d’imaginer qu’on puisse vouloir quelque chose de plus.

Les picotements dans le museau ont apparu – des poussins joyeux courent comme ça. Une sensation de tendresse s’est faite ressentir dans les pattes, comme si les pattes se sont ravivées, et sur toute leur surface la tendresse ruisselait. Le corps avait la sensation de s’étendre tout seul, de se défroisser, la vibration a apparu dans tout son petit corps, dans les bouts des doigts – un mélange doux et visqueux, les pensées « la tendresse se sent ainsi ». Les petits doigts à Lou se sont trempés dans la tendresse, comme dans l’eau douce de ruisseau. La tendresse a fait fondre, en éparpillant joyeusement ses pensées et ses sentiments, dedans et dehors – tout autour avait l’air de ruisseler, sentir bon, se dégeler après une longue hibernation. Elle a eu envie de gratter ses aisselles et les sensations de chaleur se sont répandues de tous les côtés, comme des chiots enjoués, mais tout de suite elles se sont ramassées en un tas, au même endroit, juste avec de nouveaux chiots.

Le picotement a apparu dans la poitrine, d’abord comme un scintillement, mais tout de suite il s’est renforcé, s’est transformé en un brisement intense et persévérant – comme si quelque chose de grand essayait de sortir par un petit trou. Il ne pouvait pas sortir pour le moment – il était trop grand, trop puissant, trop vif, pour passer par un petit trou. Le dos était presque tout en flammes – surtout le côté gauche, la chaleur rampant sur l’épaule gauche. Etait- ce possible - ressentir la tendresse DE TELLE façon ? Tout à coup – encore une pensée sonorisée, la même voix – « tu peux ressentir ça toujours ». Je peux le ressentir toujours ? Je peux le ressentir toujours ! Comme si un voile a été rompu, c’était si clair – je peux le ressentir toujours ! « Tu te battras ». Je me battrai. « Tu donneras toutes tes forces ». Je donnerai toutes les forces. « Ça vaut la peine ». Ça vaut la peine. Qui parlait à qui à ce moment ? C’était des pensées ou pas ? Ce n’était pas des pensées, c’était … de la nourriture, elle avait envie de la puiser avec des cuillères, la mâcher, l’avaler, s’en verser jusqu’au bout, s’en goinfrer bruyamment, s’en faire pénétrer entièrement, pour en suinter, pour devenir elle. « Ton corps deviendra le corps de Bouddha ». Mon corps deviendra le corps de Bouddha ! « Ton esprit deviendra l’esprit de Bouddha ». Mon esprit deviendra l’esprit de Bouddha. « Ta passion deviendra la passion de Bouddha ». Qui est Bouddha ??

Tout à coup Lou s’est rendu compte qu’elle entendait le bruissement – quelque part par-là, à droite, parmi ces bouleaux-là, à quelques mètres d’elle. Encore ! Lentement, elle a tourné le regard et s’est figée. L’extase s’est succédé par la surprise et la joie. La sensation de beauté a cimenté son corps presque pareil qu’il y avait une minute en arrière – le dévouement et l’extase : à deux pas d’elle il y avait un tigre, tout ébouriffé, il la scrutait, prêt à bondir.

 



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