« Maya »

Volume 2: « L'origine des especes »

Chapitre 12


La voix du commentateur ne gardait pas tout le temps le calme indispensable – par des endroits elle était apparemment perturbée, et parfois même elle trébuchait et devait faire une pause. Pourtant, cela ne faisait que renforcer l’impression produite par les choses vues et entendues. Jamais auparavant Tora n’avait pas étudié avec autant de détails l’histoire de la Grande Guerre Enfantine, et en examinant les détails à ce moment-là, en regardant les archives, de plus en plus souvent elle ressentait des accès de détermination et de dévouement se faire succéder par des reculs d’émotions négatives agressives et oppressantes, ainsi Tora était obligée de faire des pauses pour effectuer le polissage émotionnel vague par vague. Néanmoins, ses efforts n’étaient pas sans fautes, et toutes les heures ou deux, elle éteignait l’infocristal pour passer à l’élaboration de ses ébauches, ou bien elle assimilait le savoir-faire de la plongée express. Mingues insistait surtout la dessus, puisque la tâche, qu’il allait lui poser, demandait une souplesse particulière et la vitesse de réaction. Tissa était son entraineuse principale, mais pour l’instant les affaires n’avançaient pas très bien, et quoique Mingues l’ait assurée que dans une situation réelle, sous l’emprise de l’engagement émotionnel, elle se souviendrait, sans doute, de tous les savoir-faire, Tora n’en était pas très sûre. Les plongées express demandaient du diver la capacité de changer la certitude presque momentanément, la précision de la certitude étant pas moins que cinq selon l’échelle de dix.

C’était pas du tout facile. Comme prendre un caillou dans la main et s’entrainer d’éprouver la certitude de ne pas en avoir – jusqu’au point de perdre les sensations tactiles du caillou. C’était le plus dur. La certitude cyclique concernant ce qui ne touchait pas aux sensations immédiates lui réussissait plus facilement, c’est pourquoi Tissa a structuré les études de sorte de passer du facile au plus dur.

Après une heure ou deux d’efforts du changement cyclique de la certitude, lorsque son t-shirt et sa culotte devenaient trempés de sueur, Tora rallumait l’infocristal pour scruter encore et encore, prêter l’oreille aux émotions négatives et les combattre.

Le plus dur pour elle c’était de se retenir quand on parlait des destructions massives des habitations d’enfants, de leur élimination barbare par dizaines, centaines, dans des cliniques psychiatriques, transformées en une sorte de « chambres à gaz », où l’enfant rebelle était ligoté pour être bourré de telles doses de médicaments psychotropes que beaucoup s’étaient transformés en légumes en espace d’une semaine. Des parents, fous de haine et de peur, tuaient leurs enfants sans réfléchir et, bien sûr, « par amour ». Leur devise était « il vaut mieux qu’il meurt qu’il devient un monstre ». « Monstre » voulait dire une personne qui se battait pour sa liberté personnelle, y compris la liberté des émotions négatives. Au fur et à mesure que la guerre devenait de plus en plus acharnée, la polarisation augmentait. Il y avait de moins en moins de monde qui faisait semblant que cela ne les concernait point. Les actes des deux côtés devenaient de plus en plus cruels. L’incendie prenait du terrain très rapidement, et en moins d’une année la guerre était venue dans chaque famille où il y avait des enfants. Et encore un peu plus tard chacun s’engageait dans la guerre – personne n’avait pas pu demeurer à l’écart.

La diversité disparate des enfants renforçait quelque part leurs positions, et, de l’autre côté, l’affaiblissait. Et, bien sûr, avant qu’une structure stable, apte au combat, soit construite, beaucoup de sang avait été versé. Sans aide des adultes, qui soutenaient l’aspiration des enfants à obtenir la liberté, rien n’en aurait résulté, sans doute, à part de l’élimination mutuelle insensée. C’étaient justement eux qui avaient aidé aux enfants d’élaborer les règles de la conspiration, de la structuration des buts communs, ils avaient donné l’exemple de fermeté et de sacrifice, car la haine des adultes dirigée contre « les séducteurs », comme ils appelaient ceux qui assistaient aux efforts des enfants, avait été particulièrement cruelle, sans pitié. La plus grande faiblesse des adultes, utilisée par les enfants dans cette guerre, était dans le fait que les parents plaignaient leurs enfants, et il suffisait de faire une grimace culpabilisante, fondre en larmes, demander pardon en pleurant, que « la paix » advenait. Sous le mot « la paix » les adultes comprenaient l’esclavage absolu et volontaire des enfants. Mais malheur à ceux qui avait pris « le repentir » pour l’argent comptant - pendant la deuxième année de la guerre, lorsque la cruauté mutuelle avait atteint son apogée, il n’y avait plus de temps pour des doutes, ni des hésitations, et des millions de parents avaient été tués par leurs propres enfants pendant la nuit, dans leurs lits, quand ils dormaient, satisfaits, après une punition démonstrative et le pardon successif de leurs esclaves dociles. D’ailleurs, le début de l’épidémie des meurtres avait été mis par les adultes mêmes, ayant répandu dans les médias des histoires, qui gelaient le sang, sur des assassinats nocturnes des parents par leurs enfants. Les enfants, figés devant les stéréoécrans, commençaient à comprendre – voilà, la voie vers la liberté ! Et lorsque, le lendemain, les scandales reprenaient de la force, quand de nouveau leurs têtes ramassaient des claques, ou des insultes, ou les interdits intelligemment polis « il faudra me passer sur le corps !», quand on ressaisissait leurs mains pour ramener à l’école par force, ou on les mettait dans le coin noir, les engueulait en crises d’hystérie, frappait sur les mains, après les avoir attrapé en masturbation, les frappait aux visages, après les avoir chopés à se faire caresser par d’autres enfants, là, la pensée sur « la voie nocturne vers la liberté » prenait de plus en plus de place dans leurs consciences. Mais le Rubicon n’avait pas été franchi par les enfants. C’était les parents qui avaient commencé à tuer. D’abord – dans les hôpitaux psychiatriques. La pandémie de meurtres d’enfants à l’aide des substances psychotropes avait saisi le monde avec la vitesse d’incendie dans la forêt. Tout le monde avait vu à quel point c’était simple ! Une dose – et ça allait mieux, le petit se calmait, ne gigotait plus. Les enfants ne le voyaient-ils pas ? Un gosse disparaissait, puis un autre, ensuite ils revenaient – si calmes, les yeux éteints, vidés… Même si les parents pendaient leurs enfants ou les tiraient dessus, cela n’aurait pas fait une impression aussi affreuse – un cadavre est un cadavre, c’est horrible, mais avec chaque jour qui venait l’horreur était de moins en moins évidente. Là « cette chose » se promenait dans la cour, « elle » allait dans la même classe, on pouvait l’approcher pour lui tirer la manche, crier à l’oreille, même taper, en essayant de réveiller l’enfant qu’on connaissait il y avait une semaine en arrière. Et là – rien. L’âme corrodée par l’acide. La grisaille universelle. La frayeur profonde gelait littéralement avec l’effroi, et bien sûr – qui ne s’imaginait soi-même à la place de « ça » ? Le soir arrivait, les parents rentraient du travail, et de nouveau les scandales, les cris et les interdits, encore une tentative après une autre de te transformer en un mécanisme docile, qui devait obéir, se justifier, suivre les consignes, faire ceci et ne pas faire cela. Et si le lendemain leur patience venait à bout ? Et si toi aussi, comme la fille des voisins, on t’amenait « te faire soigner » ? Les cheveux se dressaient à cause de telles pensées, le sommeil se gâchait, on ne dormait plus, mais on restait là à claquer les dents de peur, une pensées après une autre tombait dans le néant : « le problème se résout très facilement – tant qu’ils dorment », « il ne faut le faire qu’une fois – ensuite c’est la liberté ». Et la liberté s’était mise à ramasser sa récolte sanglante. Les bandes d’info s’étaient remplies d’images effrayantes des meurtres nocturnes. Les enfants aussi regardaient la télé et surfaient sur internet. Voilà une petite fille de sept ans. Les parents, en la forçant d’aller à l’école, lui avaient posé une condition – soit tu vas à l’école demain, soit à l’hôpital psychiatrique. Le matin suivant la fille a été trouvée dans le parc – elle s’était tapies sous un arbre et pleurait sans larmes. Chez elle – deux cadavres – papa et maman, les gorges tranchées. Qui prendrait désormais soin de la petite fille ? Avait-elle besoin de ce soin ? Il y avait assez de nourriture pour tout le monde, elle avait une maison pour vivre, tout le monde avait l’accès aux livres, désormais elle se baladait des journées entières où elle voulait, faisait l’amour à qui elle voulait - en tout cas, ceux, qui vivaient enchainés, le voyaient comme ça. Et le lendemain matin – une nouvelle série de faits divers glaçant le sang. De nouvelles cruautés - en réponse. Et la nuit, le sang coulait de nouveau. Les moyens se perfectionnaient - vu que l’humanité avait inventé une quantité incroyable de méthodes d’assassinat. Des infarctus, des névroses, des crises psychiques fauchaient les adultes plus que de longs couteaux. Des actes de vengeance spontanés ne faisaient qu’accroitre la peur et la haine mutuelle.

Evidemment, avant que les enfants soient arrivés à créer une structure flexible, avec l’aide de ceux qui leur assistaient, une structure qui préservait ceux qui se sont risqués à mener la guerre, ils ont dû éprouver beaucoup de déceptions et trahisons. « La bataille de mars », ce qu’on pouvait appeler « la guerre civile » entre les enfants, est entrée dans l’histoire sous ce nom. Une partie d’enfants avait proclamé leur soutien du monde adulte et la violence créée par ce dernier. Ils affirmaient que cette violence, datant des siècles, des milliers d’années, s’effectuait « pour le bien » des enfants, et bientôt ils s’étaient transformés en traitres rusés, tirant des informations importantes pour les passer à la police secrète. La guerre intestine rongeait le monde adulte aussi. Pas tout le monde était d’accord avec la cruauté sans précédent, avec laquelle les adultes réprimaient la révolte. Beaucoup d’entre eux s’étaient mis ouvertement du côté des enfants, quoique chacun ait admis le droit de liberté des enfants seulement dans des limites définies – même si un adulte « progressif » consentait à ce que l’enfant puisse manger hors des horaires de toute la famille, mais quand il avait envie ( une idée révolutionnaire, d’ailleurs, pour beaucoup de parents), cela ne signifiait pas qu’il ne tombait pas dans la rage, ayant surpris sa petite fille de cinq ans à faire l’amour avec un petit gars voisin de sept ans.

C’est généralement connu que ni le progrès technique, ni les chocs sociaux ne délivrent des concepts et superstitions – ils ne font que changer d’apparence. On peut trouver des exemples très intéressants de ce genre en grande quantité au vingtième et vingt-unième siècles – les premiers siècles du développement des technologies effréné. En URSS, pendant des dizaines d’années, deux cents millions de personnes avaient été communistes convaincus, en croyant en des concepts des plus saugrenus sur l’unicité de la partie et du peuple et en se faisant l’idée des démocraties occidentales comme de l’enfer. Lorsque le communisme avait explosé, tous les communistes s’étaient transformés en chrétiens. Et évidemment, en tant que « communistes » et en tant que « chrétiens », ils avaient des superstitions innombrables, y compris d’un caractère complètement préhistorique, comme la peur des chats noirs, traversant la route ; la nécessité de taper sur du bois ou cracher trois fois par-dessus l’épaule ; le danger de tomber sous un regard de travers ou rentrer chez soi pour prendre une chose oubliée. Un filet de rituels couvrait la vie quotidienne de l’homme. En paroles quelqu’un pouvait ne pas admettre ses superstitions, et pour le prouver il pouvait même passer sur la route derrière un chat noir, qui l’avait traversée auparavant, en ressentant immanquablement l’angoisse. Aussi, pendant la guerre, de nouvelles superstitions se sont entremêlées avec la famille unie des anciennes.

On avait commencé à parler d’une hypnose mystérieuse sous l’emprise de laquelle les enfants tombaient, d’une secte hostile, les discussions sur les pactes avec le diable étaient revenues (et oui, il parait qu’on ne peut pas croire en diable en 24ième siècle), sur des sacrifices et autres. Le masque de l’homme civilisé avait été ôté définitivement, et, avec une évidence frappante, il avait été confirmé que, concernant le développement psychique, l’humanité moderne n’était pas allé très loin du Moyen Age.

C’était le chaos. Il semblait que pire n’était pas possible, la guerre devenait plus cruelle et élargie. La destruction mutuelle de l’humanité accélérait avec une vitesse incroyable, jusqu’à ce que la catastrophe technogène ne soit arrivée – la destruction massive des gens n’avait pas pu éviter des conséquences sur la capacité des gens de maintenir les cycles technologiques, qui faisaient partie intégrante des mécanismes soutenant l’existence même des gens. L’apocalypse était survenue aussi vite et naturellement, qu’on n’arrivait pas à y croire pendant longtemps. Les cadres de la stétéocronique montraient des tableaux inimaginables – voilà une file d’attente dans un aéroport, les gens attendaient un écranoplane. Cela faisait deux heures qu’ils attendaient, ensuite trois heures, et ils commençaient à comprendre – l’écranoplane ne viendrait pas, le matin d’avant les pilotes ne s’étaient pas réveillés - tués dans leurs propres lits, ou avec une tasse de thé il y avait eu du poison, ou sur la route où il y avait eu une fusillade entre des groupements opposants. L’écranoplane ne volerait pas. La bande de gravité ne les ramènerait pas dans leurs maisons - le dispatcher n’était pas là et ne viendrait pas. Le désarroi sur les visages. Le monde s’était écroulé. Sans retour ? Il faudrait y croire.

Tora s’est détachée du stéréoviseur, l’a arrêté, puis elle s’est allongée, le dos contre la terre chaude, en fermant les yeux. Pourquoi Mingues voulait qu’elle regarde tout ça ? A quoi bon ? Pourquoi elle devait voir toute cette haine, des marées de sang, des gens affolés, tuant leurs enfants, des enfants affolés, tuant leurs parents ? Comme était-ce inconcevable, incroyable – toute cette haine, le désir d’écraser à tout prix, de soumettre, de transformer en sa chose, docile, en un mannequin, dépourvu de tout désir joyeux. Et oui, l’illusion des « malfaiteurs » avait surplombé les gens pendant des milliers d’années, et c’était juste après la troisième guerre mondiale qu’il était devenu clair que cette théorie était sans fondements, qu’elle était mensongère. La crise de l’humanisme était survenue. Et là, on avait compris que l’humanisme était une forme perverse de la haine à l’égard de l’humanité, car l’humanisme était un rajout des perceptions illuminées là, où il n’y en avait tout simplement pas, c.-à-d. que c’était de l’insincérité, et celle-là allait toujours de pair avec l’agressivité, même supprimée. Lorsque les bonnes circonstances murissent, l’agressivité supprimée devient immanquablement évidente, en saisissant l’homme dans son tourbillon tellement rapidement, qu’il n’y a plus de moyen de s’arrêter.

Une fois la guerre finie, il n’y avait plus personne qui juger – ou plutôt chacun était à juger, les gens n’avaient pas de choix, il n’y avait même pas de temps pour réfléchir du choix – tout arrivait trop rapidement. Dans les conditions, où les recherches des coupables étaient absurdes d’avance, et la concentration des manifestations de la cruauté inouïe ne connaissait pas, néanmoins, de précédents dans l’histoire mondiale, le concept des « malfaiteurs » devenait apparemment faux, il fallait non seulement l’abandonner mais tirer des conclusions correspondantes. Pourtant, lorsqu’on jugeait les délinquants nazis après la deuxième guerre mondiale, on croyait encore qu’ils étaient « certains malfaiteurs ». Cependant, même un examen superficiel des mémoires des criminels nazis principaux démontre de manière très flagrante qu’ils n’ont pas été des malfaiteurs quelconques, mais des gens tout à fait ordinaires. N’importe qui, tombé dans les mêmes conditions, aurait manifesté les mêmes qualités monstrueuses. Et l’expérience de l’Union Soviétique – n’est-elle pas la preuve de ça ? Chacun dénonçait chacun, des centaines de milliers, des millions de dénonceurs, geôliers, d’agents de KGB, de bourreaux étaient venus de nulle part. C’était quoi – eux tous, ils ont été malfaiteurs ? Et après – quand le communisme a fait faillite – les malfaiteurs ont tout à coup disparu quelque part, et de braves gens ont apparu de on ne sait pas où, construisant la société du capitalisme avancé ? C’est du délire flagrant. Les nazis allemands ont fait de telles férocités sur des territoires occupés, que les cheveux se dressent. C’était quoi – un autre peuple ? Pas celui qui a été l’exemple de la discipline, civilité, culture ? Mais bien sûr que si. Existe-il au moins un peuple qui ne s’est pas souillé avec du génocide ? Est-ce que l’armée soviétique, arrivée sur le territoire allemand, n’a pas fait les mêmes crimes monstrueux ? Et que faisaient-ils sur leur territoire dans les années trente-cinquante du vingtième siècle ? Et les Français, que faisaient-ils pendant leur invasion de la Russie ? Et les Chinois au Tibet ? Et les Britanniques en Indes ? Et les Indiens avec les Britanniques ? Les Américains avec les Vietnamiens ? Les Turcs avec les Arméniens ? Et lorsque la troisième guerre a commencé et les chrétiens ont fait un massacre monstrueux avec les musulmans, dans lequel chacun a été impliqué, des milliards ont péri, les choses ne sont –elles pas devenues claires à ce moment-là ? La liste est interminable, l’histoire de la haine et du génocide est si considérable et convaincante, qu’elle ne laisse pas de possibilité d’éviter de voir le fait flagrant : il n’y a pas de malfaiteurs, ni de dégénérés, ce ne sont que des gens parfaitement ordinaires, qui, à un moment donné, - sont si civilisés, compatissants, ayant de la pitié, prêts à aider, et à un autre moment, peuvent devenir peuple criminel. Les gens girouettes. Une girouette ne peut pas être du sud ou du nord – sa direction dépend du vent. Je dirais même que tout peuple sera criminel si les circonstances indispensables y contribuent - l’histoire l’a prouvé, quoique les humanistes aient essayé de fermer les yeux pour ne pas voir ce fait. Quand cette évidence est devenue impossible à ne pas admettre, c.-à-d. après la troisième guerre mondiale, on était obligé de reconnaitre que la culture, la civilisation en tant que telle, était, entre autre, le maintien de la haine supprimée, et il n’y avait pas de moyens de prévenir ses rejets. Et c’était seulement là qu’on s’est souvenu de la pratique de la voie directe, on l’a nettoyée de la poussière et l’oubli, la compréhension est survenue – comme quoi la suppression n’est qu’un report de l’autodestruction. Si l’humanité veut survivre, il faut apprendre à tout prix à justement éliminer les émotions négatives, d’autant plus que, à leur place, c’est les perceptions illuminée qui arrivent automatiquement. En plus, techniquement c’est très facile. C’est difficile à dire quel sort attendrait cet enseignement, s’il serait rapide à se gagner une place sous le soleil. La Grande Guerre Mondiale n’a pas laissé de choix - les gens, qui y ont survécu, étaient obligés à accepter une doctrine définie - soit les émotions négatives seraient éliminées, soit eux-mêmes.

Mais tout ça ne provoquait que la fatigue, l’empoisonnement, le fond négatif. Tora avait beau essayer de nettoyer les émotions négatives, surgissant lors de la plongée dans l’histoire sanguinolente de l’humanité, le résultat n’était pas impeccable. Il fallait parler avec Mingues pour éclaircir – pourquoi tout ça. Il n’y avait pas du tout d’envie de creuser le passé sauvage et sanglant.

Tora a sauté sur ses jambes pour se diriger avec détermination sur la clairière où Mingues, Kert et Brice étaient en train de discuter depuis deux heures, tantôt en disputant chaleureusement, tantôt en se calmant pour réfléchir.

Il est presque impossible de cacher des choses du regard d’un œil expérimenté. La personne, ayant consacrée beaucoup d’années à la distinction de ses propres perceptions et à la pratique du remplacement des perceptions non souhaitables par celles souhaitables, acquiert, involontairement, la capacité de remarquer leurs manifestations dans les autres en voyant des critères apparemment les plus minimes. A l’époque, les écrivains de science-fiction discutaient du fait comment la vie se compliquerait quand et à condition que le gens apprennent à lire les pensées. Il ne savait pas que lire les pensées n’est vraiment pas nécessaire –il suffit d’être sincère en distinction et observation de ses propres perceptions, pour que ça marche tout seul. L’expérience de former des suggestions bien fondées, leur vérification consécutive à l’aide de l’analyse des réponses aux questions, des actes des autres, permettaient d’accorder sa distinction à n’importe quel niveau de perfection. Quand les dragonneaux sont sortis sur l’arène du massacre centenaire, pour assister aux enfants, combattant pour la liberté de l’esclavage millénaire, une des tâches principales dans laquelle ils mettaient beaucoup d’efforts était d’apprendre les enfants à être sincère, à distinguer leurs perceptions, à prendre la position de la non acceptation catégorique et inconditionnelle des émotions négatives. C’était justement leur succès sur ce front qui a conditionné le fait que les enfants sont devenus capables de « lire les pensées », presque sans accrocs, des adultes, en discernant leurs intentions, le mensonge et la ruse, indépendamment du succès malin de leur camouflage. Et la guerre sans pitié, déclarée par les enfants aux émotions négatives, les a amenés à l’unicité, jamais vue dans l’histoire auparavant, à la coopération parfaitement effective, à la capacité incroyable de se comprendre, souvent littéralement sans paroles. Donc il n’y avait rien d’étonnant dans le fait que juste en jetant un coup d’œil sur Tora qui s’approchait de lui, Mingues a souri et s’est retourné à son encontre, comprenant que le temps des explications est venu.

- Nous avons beaucoup de nouveautés. – Mingues a commencé, en faisant un geste pour que Tora s’assoie à côté de lui. – Il y a quelque chose qui murit, mais il faudra du temps au moins pour systématiser l’information obtenue. Tes anciens collègues des instituts travaillent aussi sur la systématisation de l’information qui arrive, nous auront donc leurs données en complément du courant général des publications. Et ce courant accroit tous les jours. Le zoo a pris la décision sur les réunions quotidiennes et je propose que tu ne les rates pas. En ce moment les réunions se tiennent à 16.00 selon l’heure européenne, fais tes projets en conséquence alors. Ce serait bien aussi de regarder « Les Ressources » tous les jours.

- Je vais prendre le risque quand même, - Kert attendait avec une impatience évidente que Mingues termine, et a utilisé la première pause pour continuer la conversation, interrompue avec l’apparition de Tora.

- On peut prendre le risque, pas de souci. – Vu le ton de la voix à Mingues, il a compris que c’était inutile d’opposer directement sa position aux envies de Kert, et il a fait le détour - consentir, après quoi, en discutant des détails, arriver ensemble soit à des corrections considérables, soit à la renonciation du projet en entier. – D’accord, nous soutiendront le groupe à Tarden.

- Comment, tu es d’accord ? – Kert n’a apparemment pas compris le manœuvre.

La question directe a, à son tour, pris Mingues au dépourvu, et une pause à peine perceptible l’a trahi complètement.

-   Hein, l’homme politique de mes deux, - Kert a éclaté de rire et a balancé une pomme de pin à Mingues. – Je vois que ce n’est pas seulement l’information pour les rapports que tu ramènes de tes plongées. Fais gaffe – n’attrape pas un truc plus sérieux que l’art rusé de mener les discussions.

-   Et ben… Les chiens-loups te coincent tout de suite… à vrai dire… je suis d’accord, le prix de l’erreur est gros – on commence par de petits malignités innocentes, et on finit par l’insincérité. La limite est trop fine, et je n’ai pas du tout envie de m’en approcher. Je suis d’accord. Je renonce à de tels moyens – ça ne vaut pas la peine.

-   Les chiens-loups c’est qui ? – Tora a poussé Brice avec son épaule.

-   Tu feras leur connaissance. C’est notre assurance, notre désinfection. Le passé de l’humanité est comme une ville saisie par la peste. Il y a le risque d’attraper une contagion sérieuse, lorsqu’on en intègre les perceptions. Malgré le fait que les mécontentements puissants et envahissants de l’époque nous sont complètement étrangers, et la différenciation inverse ne pose jamais de problème, néanmoins l’effet de l’induction existe – car ce n’est pas en interrompu que nous éprouvons les PI, et moi, par exemple, j’ai une ou deux heures par jour où l’intensité du fond illuminé descend plus bas que cinq.

- En général, lors de l’affaiblissement critique du fond illuminé les plongées sont interdites, - la voix maligne et enjouée de Archi, approchée furtivement, s’est faite entendre de derrière le dos de Tora. A quelques mètres derrière son dos Pourna s’est assise sur l’herbe, une fille poupée népalaise, aux yeux et lèvres délicats, habillée en short court, mettant en valeur les formes arrondies de ses cuisses.

- Je sais…, - a dit Brice pas très convaincu, … - interdites…, les chiens-loups sont donc une sorte de miroir actif - tu « regardes » en eux pour obtenir « le reflet » en réponse… - En ce qui me concerne, - Brice n’a pas pu se retenir et s’est joint à la conversation, en mettant sa patte sur le genou de Tora, comme s’il voulait prévenir ainsi ses questionnements imminents, - en ce qui me concerne, j’aime bien cette idée. J’aime bien ! Je ne suis pas novice, je comprends que c’est un risque, c’est ceci, c’est cela – mais nous ne sommes pas dans un institut. Nous sommes à la première ligne. Nous sommes là justement parce que nous ne pouvons, ni ne voulons faire autrement.

- Etre à la première ligne ne veut pas dire enfoncer les murs…

- Non, Mingues, les murs n’y sont pour rien. Tu viens de renoncer à agir comme un petit politicien, renonce à argumenter avec des analogies, surtout si apparemment tendancieuses. Nous ne parlons pas des murs, nous discutons d’une chose concrète. Parlons de ce que nous avons, et nous avons … attends, Kert, je veux finir. Nous avons quoi ? Nous avons, premièrement, Norton avec son groupe, qui sont souvent si malencontreux pour nous tous. Je pense… je suis même sûr qu’ils étaient au courant depuis longtemps, peut-être depuis le début. L’ambiance chez commandos est essentiellement différente de celle qu’on peut voir dans n’importe quelle autre équipe, c’est clair. On peut, bien sûr, s’en prendre à lui pour ça… qu’il le savait, mais gardait silence, mais ça changerait quoi maintenant ? On peut le comprendre aussi – on essaye de le retenir trop souvent, pourtant les perspectives sont réellement… extraordinaires, sans parler des éclaireurs libres, moi-même je ne passerais pas à côté. Alors – premièrement - c’est les gars qui n’en démordront pas. Nous sommes conduits par des désirs joyeux, le vecteur le plus puissant de l’anticipation, et le siècle passé a démontré de façon convaincante, malgré toutes les peurs et les valeurs en faillite, que c’est un vrai point d’appui. Deuxièmement – l’expérience qu’ils ont acquise. Pas mal a été fait…

- Alors, - Tora a saisi Brice entre les jambes, - maintenant quelqu’un restera sans couilles. Je ne suis, bien sûr, pas une personne très importante, mais les couilles je vais te les serrer, si je n’arrive pas à comprendre de quoi il s’agit.

- La colonisation.

- De quoi ? Par qui ? Sois clair.

- Bien, - Mingues s’est levé, en nettoyant son derrière des aiguilles de pin. – On en discutera plus tard. Vous pouvez rester à parler ici, et moi je veux aller au ruisseau, m’y rouler, peloter ses jets, serrer les museaux des cailloux. On se verra au zoo.

Une minute plus tard, Pourna et Tora sont restées toutes seules sur la clairière.

-   Tu veux qu’on aille vers la cascade d’eau ? – Pourna a proposé. – On ne le voit pas d’ici, mais il n’est pas très loin – un quart d’heure. Il y a une petite grotte. Il y a quelques années une couche est partie et l’entrée dedans s’est révélée - si cela s’était passé il y a deux centaines d’années, il n’en resterait que des murs délabrés, donc là, - Pourna a souri, - on a eu de la chance de l’avoir intouchée.

-   Des stalactites et stalagmites ?

-   Pas seulement. Viens, tu verras, tu aimes scruter les museaux des cailloux ?

Tora la suivait en regardant le derrière, le dos, les cuisses, les mollets de Pourna. Musclés et tendrement arrondis. Malgré le fait que Tora prenait plaisir des exercices physiques tous les jours pendant une heure – une heure et demie, elle était moins énergique et résistante, selon toute apparence. Sur des terrains plus ou moins plats, elle arrivait à « suivre le sillage », mais là où la pente montait brusquement, Pourna survolait avec une vitesse et légèreté inhumaine.

-   Tu pourrais, probablement, monter en courant tout le chemin ? – En rattrapant Pourna cette fois, Tora s’est arrêtée pour restituer le souffle.

-   Bien sûr. J’habite ici, et j’aime beaucoup bouger vite, en plus il n’y a pas de sentiers plats ici - seulement montants ou descendants, il n’y a rien d’étonnant alors. – Pourna s’est mise sur un genou devant Tora, en passant ses mains sur ses cuisses et genoux. – Tes muscles ne sont pas assez fermes, ils ont l’air un peu attendri, quoi que volumineux. La force ne suffit pas, il faut de la fermeté. Souvent celui, qui a des muscles en relief, capables de bien travailler sur un appareil, dans les conditions réelles, perd ses forces vite, fût-ce le trailing ou le déplacement des cailloux. Quand tu t’entraines, tu fixes ton attention constamment sur le plaisir procuré par les exercices ?

-   Bien sûr. – Tora a fait un geste de la main pour montrer qu’elle était prête, et les filles ont continué sur le sentier étroit et pierreux, entremêlé avec des terrains en pente. Le long du sentier, par ci, par là, les buissons épineux de berbéris montagnard scintillaient avec leurs baies rouges foncées, couleur grenade. – J’ai lu comment avant – dans les siècles de mécontentements ininterrompus – les gens essayaient de développer leurs corps. C’est incroyable ! D’abord, les gens se forçaient littéralement « contre leur volonté » de bander les muscles, en pensant de s’entrainer ainsi. Evidemment, à condition de se forcer assez intensément, les muscles se durcissaient. Mais à quel prix ! Des traumatismes constants, des crises constantes de la paresse insurmontable, le fond négatif. Un tel sportif faisait du sport pendant cinq dix ans pour devenir handicapé, en fait – les muscles se transformant en graisse très rapidement, les traumatismes devenant chroniques, point d’intérêt, ni d’acquis, puisque dans les conditions d’un fond négatif pareil tous les intérêts, toutes les choses vivantes se crament. En plus, ils croyaient que le mode de vie sain consistait à faire la gymnastique le matin (aussi « contre sa volonté »), et puis rester assis, le cul sur une chaise, toute la journée, et après le travail se vautrer sur le canapé devant la télé. Je ne comprends pas – est-ce qu’on a besoin d’une intelligence particulière, d’une capacité particulière d’observation pour comprendre que ça ne marche pas comme ça ? ! Pourtant, jusqu’à ce que Bodhi écrive dans son premier livre, que seulement les exercices physiques qui s’accompagnent des sensations du plaisir, contribuent au développement du corps, cela n’est passé par l’esprit à personne.

-   Et la fermeté ? Tu provoques la fermeté lors des exercices ?

-   La fermeté … non. – Tora a réfléchi un instant, puis a continué. – La fermeté apparait parfois par elle-même, mais je ne me suis jamais posé le but de la provoquer exprès lors des exercices.

-   Provoque-la. Parviens à l’habitude de la faire apparaitre et se manifester constamment lors des tes entrainements.

-   Et ça donnerait quoi ?

-   Essaye et si tu aimes, tu verras toi-même. Pourna fait un geste de la main incertain qu’on pourrait interpréter comme « pourquoi en discuter – il faut essayer ». – Pour provoquer la fermeté plus facilement, j’ai utilisé des cailloux.

-   C’est-à-dire ? Tu les regardais ?

-   Je les regardais et les tenais dans la main. Tu aimes quels cailloux ? Lesquels résonnent le plus avec la sympathie, la sensation de beauté, de tendresse ?

-   Beaucoup… - Tora scrutait souvent des cailloux vivants, non travaillés, éparpillés partout en grande quantité sur le territoire de la base. – Lesquels j’aime le plus… l’opale est très agréable à toucher, elle est de couleurs douces, nuageuses et tendres, et la forme d’un caillou sauvage, capricieux. La topaze grise cendrée – comme du quartz jauni étouffé avec un chatoiement profond à l’intérieur – quoique non, quoique je l’aime bien, mais pas aussi fort. L’aigue-marine… je l’aime pas toujours, ça dépend du caillou – si les cristaux sont gros et de couleur bleue vive et tendre, je l’aime alors. L’émeraude - à condition que la couleur ne soit pas trop verte acide, elle peut être belle alors. La labradorite … pas toujours, parfois j’ai envie de regarder comment elle reluit, parfois non. Le grenat – oui, j’aime beaucoup ! Quand il est en forme d’une boule irrégulière, de taille d’une petite balle de tennis de table. Il a l’air d’un caillou tout simple, mais à la lumière il se met à briller comme une flamme profonde, rouge écarlate. Souvent je les traine partout, j’aime sentir des cailloux comme ça, serrés dans la main. J’aime aussi de petits cailloux d’agate multicolores et mattes… la tourmaline a des fois des mouchetures d’autres roches, et là, à une lumière vive, elle est très belle, profondément ambrée. Mais je crois que c’est le grenat que j’aime le plus – dans le sens où j’ai souvent envie de le porter avec moi, le toucher, caresser.

-   Moi, j’aime le plus la jadéite – elle fait penser à des blocs de glace, restés en

Antarctique depuis des milliers d’années, j’aime sa structure. – Pourna s’est retournée en marchant, - tu as vu la jadéite ?

-   Bien sûr.

-   Et kinite aussi - presqu’à chaque fois. Je tiens tout simplement le caillou serré dans la main pendant les exercices, je ressens sa fermeté, j’éprouve de la sympathie, l’infiltration, et à ce moment-là la fermeté est plus facile à provoquer. Essaye. La fermeté envahit le corps, le rendant flexible, résistant et élastique. Très résistant et très souple. Et on a très envie de baiser. Tu aimes baiser ?

-   Et oui, - Tora a éclaté de rire. – Je ne manquerai pas d’essayer. Même maintenant j’aime imaginer comment je serre un grenat dans ma main. Les gars ont raconté que tu es une népalaise voluptueuse et qui aime baiser – c’est même très étrange d’imaginer qu’autrefois, il y a longtemps, le peuple népalais, tellement paisible et amical, était très étranger au sex, comme tous les autres peuples d’ailleurs. D’ailleurs, je ne comprends pas ça – il y une contradiction par là – si les gens aiment tellement la sociabilité, passent leur temps en émotions positives, pourquoi n’aiment-ils pas faire l’amour ? Pourquoi, tout à fait comme les musulmans, leurs femmes étaient enveloppées des pieds à la tête en vêtements compacts, et même avec leurs maris elles ne faisaient l’amour que la nuit, toutes habillées ? J’ai lu qu’il arrivait que les maris n’aient jamais durant leurs vies vu leurs femmes nues ! Et même parmi les petites putains rares étaient celles qui se permettaient de se dénuder. Il ne s’agissait pas du tout du sex avant le mariage.

-   Et as-tu résolu cette contradiction ? – Pourna a sursauté au-dessus d’un ruisseau et s’est arrêtée.

-   Je ne sais pas, je ne l’ai pas résolue pour l’instant.

Tora a sauté aussi, mais au dernier moment son pied a glissé du caillou et elle est tombée jusqu’au genou dans le ruisseau, en éclaboussant Pourna, elle a perdu l’équilibre et a failli s’asseoir, son derrière dans le ruisseau, mais Pourna a réussi à se mettre dans le ruisseau pour l’attraper par la manche. Le soleil chaud sécherait les chaussettes et les baskets en quelques minutes, les filles ont alors enlevé leurs chaussures, se sont allongées sur leurs ventres, les culs en haut, et les museaux l’une vers l’autre. Pendant quelques secondes elles se sont regardées, ensuite elles se sont approchées presqu’en même temps l’une vers l’autre, si près que leurs lèvres se touchaient à peine. Des frissons voluptueux ont couru sur le dos à Tora. L’odeur de la peau de Pourna s’est avérée plus excitante qu’on pouvait supposer… une bouille matte, les lèvres molles, et les petits yeux – profonds, pleins d’étincelles. Tora s’est étirée légèrement en avant pour toucher les lèvres de Pourna avec les siennes. A peine, en effleurant. Encore et encore – elle caressait toute sa mine avec de légers touchers des lèvres – en embrassant ses joues, ses yeux, ses petites oreilles et encore les lèvres. Avec le coin de l’œil Tora observait la peau sur les épaules de Pourna se couvrir de gros frissons, c’était pas difficile à deviner que sa chatte avait gonflé et s’était mouillée. Pourna a pris ta tête à Tora dans ses mains, l’a attirée vers elle pour baiser légèrement son petite oreille avec sa langue. Une demie-minute plus tard, Tora a du écarter les jambes encore plus et soulever légèrement le derrière pour ne pas jouir involontairement. Ayant assez joué, les filles se sont mises sur leurs dos et ont exposé leurs petits seins et ventres au soleil.

-   Je te dirai comment résoudre cette contradiction, - la voix de Pourna avait de telles notes qui faisaient la chatte se serrer de plaisir. – Moi, qui suis népalaise, ai appris l’histoire de ce peuple de plus près, puisque chaque peuple a ses propres concepts et ses mécontentements habituels. Bien que plus que cent ans soient passés depuis que les émotions négatives sont proclamées hors la loi, et que la pratique de la voie directe soit devenue le fondement de la nouvelle civilisation, il n’est pas si facile néanmoins de laisser tomber les concepts accumulés - et même si je suis née parmi les népalais, je porte sûrement en moi des quantités de concepts, qui ne sont pas encore partis de la conscience des gens pour ne pas être transmis aux enfants sous telle ou telle forme. Alors, le peuple népalais était amical et enclin aux émotions positives seulement pour la montre, seulement pour ceux qui venaient au Népal pour un mois ou deux avec le but d’avoir les impressions de l’exotisme, sans s’intéresser vraiment comment c’était en réalité. Et en réalité tout était très lamentable. Tu as déjà parlé du sex – la situation avec était vraiment catastrophique. Tu as mentionné les petites putes, mais elles n’étaient pas très nombreuses au Népal – autant chercher une aiguille dans une botte de foin – à moins qu’on s’y appliquait beaucoup. Les garçons népalais, sans aucune possibilité de non seulement baiser, mais même embrasser et peloter les filles, grandissaient en lourdauds complets, mais tout à fait complets ! J’ai lu les récits des voyages des touristes de cette époque, elles écrivent des choses incroyables. Pour un garçon népalais, lécher la chatte à une fille – même s’il était amoureux d’elle – était de l’ordre de l’infamie, l’humiliation, le dégout. Ils ne pouvaient, ni ne savaient caresser une fille. Fourrer brutalement le doigt dans la chatte - brutalement, comme une buche – saisir un sein, la mettre pour jouir tout de suite, c’était tout ce qu’on pouvait avoir des garçons népalais de tout âge – de 14 à 30. Avec ceci – la jalousie hors pair et, finalement, l’agressivité. Si une touriste a baisé avec deux trois gars népalais, tous les autres gars aux alentours le sauraient, et ils proposeraient de manière importune et insolente de faire l’amour. Et si la fille refusait, on commençait à la haïr ouvertement, lui crier après qu’elle était pute, essayant de la taper, pousser. Et les castes – tu en sais quelque chose, que tous les gens au Népal étaient partagés en castes ?

-   Oui, je le sais, - en Indes et au Népal. Mais cela ne concernait que les hindouistes, j’ai

lu qu’en Indes il arrivait que les gens passaient massivement au bouddhisme et christianisme – dans ce cas, un paria, c.-à-d. celui qui venait de la caste d’intouchable, devenait une personne ordinaire hors caste, déménageait dans une autre ville pour entamer une vie d’une personne ordinaire, comme…

-   En Indes, c’est possible, je ne sais pas. – Pourna l’a interrompue. – Mais au Népal c’était impossible. Par exemple, moi je viens d’une famille dont les ancêtres étaient les parias. Et je sais exactement quelle vie m’attendrait si je revenais quelques centaines d’années en arrière – disons, au vingt-unième siècle. Au Népal n’importe qui peut changer son nom, pas de souci, mais tu ne peux jamais changer ta caste. Les népalais « timides » préféraient de taire les castes, en l’appelant … « nom de famille ». Disons – Pourna Paria. Ou Pourna Gurung si je provenais de la caste de gurung. Et tu peux bien être bouddhiste ou athéiste, dans ton passeport il y aura – paria. Et cela veut dire – la fin.

-   Personne ne se marierait avec cette fille, à part un paria pareil ?

-   Se marier ? Ce ne serait pas aussi terrible. Les garçons sont les garçons, soit-il paria, gurung, baoun, adhikari, karki, magar, chrestra, etc. Mais si tu es paria, tu peux travailler seulement pour la nourriture et le logement, on ne te payera pas d’argent. Et on peut te renvoyer à leur gré. Bien sûr, dans une grande ville un paria a des chances de trouver du travail pour l’argent, mais le salaire serait aussi minimal, que possible.

Pourna s’est mise à quatre pattes, a rampé par-dessus Tora et s’est étalée sur elle – comme un chiot – bidon sur bidon. Tora a poussé un cri, surprise, en posant sa main sur son cul. Sentir le ventre ferme et chaud sur le sien, rester allonger sous un corps de fille était très agréable.

-   Tous les népalais de l’époque alors étaient des racistes hypocrites convaincus.

-   Super… c’est presque la même chose qu’était en Amérique avec des esclaves, même quand ils ont été libérés formellement, – un noir ne pouvait travailler que sur les travaux les plus sales, pour gagner beaucoup moins, un homme blanc ne lui donnait pas sa fille en mariage, on pouvait le tuer presque impunément. « Les particularités nationales » très charmantes, rien à dire… Mais comment réussissait-on à cacher tout ça ?

-   Mais il n’y a rien de compliquer. Les touristes ne voient que la vitrine, sans parler le népalais, ni vouloir le connaitre- il leur convient ce qu’ils voient – des visages aimables des vendeurs, des passants. Et le fait que les pires insultes les suivaient en népalais – cela, ils ne le savaient pas. « Valou », c.-à-d. « pute » est une épithète la plus neutre, dont les garçons népalais polis récompensaient des touristes passantes, si elles étaient plus ou moins jolies. En disant ça leurs visages restaient polis. En outre, lorsque des touristes particulièrement curieux apprennent, lors des soirées, le système des castes de leurs guides, et le fait que seulement deux trois pourcents des mariages au Népal sont conclus selon le choix des gens, sinon ce sont les parents qui choisissent les fiancées et les fiancés – ils ne font qu’exclamer « wow ! », très surpris et l’appellent « les spécificités de la culture ». C’était ça qu’ils appelaient « la culture » ! On peut y trouver beaucoup d’exemple similaires avec « des cultures » d’autres pays – par exemple, Galakha judaïque insiste que chaque pratiquant, en passant à côté d’un cimetière des non juifs, doit le maudire, ainsi que les gens y enterrés et leurs mères. Les canons religieux judaïques proclament fermement que chaque femme non juive est une « N.S. G. Z » - l’abréviation des mots en langue juive « nida », « shifkha », « goya », « zone » (sale après les menstruations, esclave, non juive, pute). En se convertissant en judaïsme, elle cesse d’être « nida », « shifkha, « goya », mais reste « zone », c.-à-d. pute jusqu’à sa mort juste parce qu’elle est née d’une mère non juive. Il nous est parvenu le livre de Israël Shahak « L’histoire juive, la religion juive : le poids des trois milliers d’années », où on trouve d’innombrables exemples de ce genre. Les musulmans on n’en parle même pas –tout est clair. La vie de famille y donnait peu de joie aux femmes, c’est évident. Les maris népalais frappaient leurs femmes constamment –presque tous les jours. Cela a été la norme même dans le fameux vingt-unième siècle - celui du « progrès et instruction avancés ». Et les maoïstes ? La vraie malédiction népalaise, mais c’est stupide de supposer que…

-   Les maoïstes sont les adeptes de Mao – le dictateur communiste chinois ?

-   Oui, ils sont communistes. Sur leur drapeau – Marx, Engels, en plus de trois dictateurs sanglants du vingtième siècle – Lénine, Staline et Mao. Ils subsistaient des actes terroristes, des braquages armés des touristes, du racket massif des entrepreneurs. Ce serait stupide d’imaginer que les maoïstes sont des bandits quelconques, un abcès sur le corps du peuple népalais. C’est le peuple lui-même – justement pour ça la lutte contre eux n’a abouti à rien. Et je dois te dire que ces maoïstes avaient été des gens très agressifs, pleins de haine. Mais à cet époque le politiquement correct était très à la mode, selon lequel on ne pouvait pas appeler des masses du peuple « terroristes » et « criminels » - cela blessait leurs sentiments et était qualifié comme « la contribution au désaccord international » avec les conséquences juridiques correspondantes. Tu sais à quoi cela a mené – l’Europe s’est enflammée comme une allumette. Népal a pris feu aussi avec le Tibet. Avec l’Inde et la Chine. Et le monde entier avec eux.

-   J’ai regardé les albums photos de l’époque, - Tora s’est souvenue avoir feuilleté deux trois fichiers albums. – Des mines tellement mignonnes, surtout les enfants…

-   Et oui, leurs albums photos étaient en bel ordre – des sommets de montagnes enneigés, des monastères tibétains, des moins souriants, de jolis visages des femmes, des mines des enfants marrantes – et voilà le produit ethnique tout prêt – tu peux l’emmener chez toi en vieille Europe pour montrer à des voisins émus. N’en doute pas, même en URSS, en Corée du Nord, en Iran et Irak, même en Arabie Saoudite il y avait pleins d’albums ravissants. Concernant les enfants – c’est aussi une histoire à part. Des bouilles mignonnes – c’est bien, mais en dessous des photos ils avaient oublié de marquer qu’en indes et au Népal le vrai esclavage enfantin était très répandu. Les enfants, à partir de trois ans, travaillaient à l’usure douze seize heures par jour. Et le truc intéressant c’est que c’était les mêmes enfants qui servaient dans les guesthouses les mêmes touristes sentimentaux, à qui il ne passait même pas par la tête de se poser la question – curieux, mais pourquoi cet enfant de cinq sept ans, au lieu d’aller à l’école, se levait à six heures et se couchait à neuf heures du soir, en trimant toute la journée à la cuisine. Et les viols…

-   Naturellement, si la sexualité est réprimée, l’augmentation des viols est inévitable.

-   Tu penses des viols ordinaires ? – Pourna a secoué la tête. – Non je ne parle pas de ça.

Les enfants ont été violés par leurs pères, aussi bien les filles que les garçons. Les filles ont été violées évidemment dans la bouche et dans le derrière, pour qu’elles ne perdent pas leur « honneur », c.-à-d. la virginité.

-   Je suppose que … c’était plutôt des exceptions ? Je n’arrive pas à imaginer qu’une nation si paisible dans son ensemble- oui, - Tora a levé la main en signe d’affirmation, - je comprends que cette placidité est relative, mais quand même…

-   Non, tu ne comprends pas, Pourna l’a interrompue, - si tu n’arrives pas à imaginer, je vais te donner des chiffres qui t’aideront à le faire. Au début du vingt-unième siècle, le ministère de l’enfance et des femmes de l’Inde (Ministry of Women and Child Development) a mené un sondage auprès des enfants – à peu près 12.000 de personnes ont été questionnées dans une dizaine et demie d’états de l’Inde et du Népal – à partir de dix-huit jusqu’à vingt-cinq ans. D’ailleurs, le sondage a été mené auprès des gens relativement cultivés et en bonne situation, donc les statistiques dans les couches pauvres de la population ont été encore plus catastrophiques. Il s’est avéré que plus que cinquante pourcents des enfants avaient subi des viols permanents durant des années par leurs pères. Des garçons et des filles – en proportions égales. Généralement, les pères commençaient à violer leurs enfants à partir de six huit ans, et cessaient de le faire seulement quand la fille ou le fils … se mariait ! C’est-à-dire que les viols continuaient jusqu’à dix-huit, vingt ans.

-   C’est de la folie… - Tora était ahurie. – Je n’arrive vraiment pas pour l’instant à me l’imaginer… mais si ces statistiques avaient été publiées…

-   Bien sûr qu’elles l’avaient été, c’est pour ça que je les connais. Il y avait même parfois des articles écrits dans des magazines et journaux sur ce sujet, mais en vain ? Mais tu crois qu’en Europe c’était beaucoup différent ?

-   Non ??

-   Non. Bien sûr, en Europe les gens avaient beaucoup plus peur d’être poursuivis par la justice, surtout dans la vieille Europe, mais dans les pays sauvages – comme en Russie, par exemple – dans son enfance, pas moins que chaque cinquième fille a subi des viols de la part de son père, les garçons ont été touchés moins, vu de forts concepts sur les horreurs de l’homosexualité. En Inde de cet époque, quoique l’homosexualité ait été puni par la peine de mort…

-   La peine de mort ???

-   Oui, selon la loi –c’était comme ça. Le développement économique frénétique ne veut pas du tout dire que la société même a l’intention de changer. L’Inde, la Chine, la Russie, l’Arabie Saoudite avaient été des leaders du développement économique dans la première moitié du vingt-unième siècle, et c’était surtout dans ces pays-là que vivaient les gens aux meurs les plus barbares et moyenâgeux. Tout simplement – des sauvages.

-   Beaucoup de petits gars ont l’air si mignon dans ces albums photos …, - Tora a prononcé de manière rêveuse. – Comment ça se fait que de telles choses grandissaient d’eux…

-   Mignon – oui, mais la joliesse n’est qu’un prétexte à des rajouts. D’ailleurs, presque tous les gars népalais avaient été homos cachés – probablement, entre autres, parce que les filles avaient été difficile à atteindre. Un touriste solitaire, se promenant dans les rues de Katmandou ou Pokhara le soir, serait immanquablement abordé par un garçon ou deux de dix à seize ans, qui lui proposait « l’amitié », sous-entendu le sex. Et pas cher – trois cinq dollars suffisaient. Mais, à vrai dire, il y avait un risque : une fois que le touriste, content et détendu, leur en aurait laissé dans la bouche ou le derrière, il suivait le chantage – soit tu me donnes mille ou deux milles roupies, soit je vais te dénoncer à la police, que tu m’as violé.

-   C’était peut-être des garçons qui se prostituaient professionnellement ?

-   C’est difficile de les appeler professionnels. Ce n’était que des écoliers ordinaires qui voulaient de l’argent facile et des sensations fortes. Entre eux, ils baisaient aussi souvent, quoique en le cachant soigneusement. En gros, - Pourna a tendu la main vers les baskets pour les toucher, - le peuple du Népal de l’époque peut être appelé paisible et amical seulement avec une telle quantité de réserves, que l’affirmation perd presque tout son sens. – En ramenant les chaussettes de Tora vers son museau, elle les a reniflées et touchées avec ses lèvres.

-   Ça t’excite de renifler mes chaussettes ?

-   Oui, - Pourna a léché la chaussette, puis l’a reniflée encore. – Et la tendresse apparait.

-   La tendresse, j’aime bien… est-ce que tu distingues de différentes sortes de tendresse ?

Tu as essayé de les classifier ? Moi je distingue. Chez moi trois types se manifestent en gros… non, il vaut mieux que je te le lise, d’accord ? – Tora s’est déplacée de sorte de toucher le museau à Pourna avec ses pattes arrière – cette dernière les a prises entre ses mains, les a serrées, et, avec une passion inattendue s’est mise à sucer les petits orteils. Puis elle s’est calmée en mettant son nez contre « la paume ».

Tora a sorti un joystick de sa poche, a allumé l’écran holographique et s’est mise à chercher le fichier en question. Des tas de frissons parcouraient ses cuisses, lorsque Pourna commençait à lécher ses pattes sous les orteils.

-   Là, écoute.

« Le type numéro un : « la tendresse large, gonflante » - il y a une sensation d’élargissement dans le corps, ça résonne avec les mots « pas assez de place » « c’est serré ». Le corps est rempli de tendresse jusqu’aux bords et elle n’a pas assez de place. Cela s’accompagne par le désir d’étendre le corps, se tendre, se dégourdir, et quand j’écarte mes doigts, il y a en eux une sensation de fermeté, d’élasticité et d’aimantation.

Le type numéro deux : « la tendresse coulante, ruisselante » - l’image d’une rivière ou mer calme – comme si une rivière tranquille coulait par cet endroit. La rivière est calme, mais il est impossible de l’arrêter.

Le type numéro trois : « la tendresse pulsante » - est une telle tendresse quand il y a une sensation que des parties différentes du corps commencent à pulser de la tendresse. Des centres de pulsation apparaissent dans le corps – la tendresse augmente dans ses parties, en plus il apparait le plaisir. J’ai fixé que quand il y a une telle tendresse il est toujours facile de ressentir le dévouement ».

-   Alors, tu connais ? – Tora a fermé le fichier.

-   « La tendresse expansive » - ça m’arrive souvent. Coulante…, - Pourna a réfléchi, - même si elle se manifeste, c’est rare – je suis portée aux sensations impulsives. Pulsative – oui, ce mot je pourrais utiliser pour décrire ce que je ressens. Ça arrive souvent aussi. Mais cela ne m’est jamais venu à l’esprit de diviser la tendresse en types différents selon les qualités qu’elle possède, ni de leur donner des noms. En ce qui concerne les PI qui apparaissent rarement, et qu’il faut que je fasse des efforts pour les atteindre, - oui, je fais comme ça – mais la tendresse est une perception si régulière, qu’il me semble que j’en sais tout – ce qui est une bêtise évidente, je le comprends maintenant… si j’éprouve une PI quelconque souvent et facilement, il est particulièrement efficace de l’examiner et renforcer, lui, d’y trouver de nouvelles nuances, puisque la plus grande est la diversité d’une PI donnée, la plus forte est la résonnance avec d’autres PI.

-   Et il en vient donc que cette PI devient une plateforme de démarrage pour les autres.

-   Oui. – Pourna a de nouveau approché les chaussettes de Tora à son visage, les a reniflées profondément, les a embrassées de façon que Tora a cru voir Pourna embrasser pas ses chaussettes, mais sa chatte. – Viens, tout est sec !

 



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